« On peut se dire Au Revoir plusieurs fois » : Livre testament de David Servan Schreiber

L’homme

Issu d’une famille célèbre, David Servan-Scheiber né le 21 avril 1961 est le fils de Jean Jacques Servan Schreiber.
Il débute ses études de médecine à la Faculté Necker pour Enfants malades en 1978 et les poursuit au Québec avant de partir à Pitsburg en tant que chercheur.

Son Oeuvre

Il crée en 1988, un laboratoire de neurosciences cognitives et obtient l’un des premiers doctorats américains de neurosciences cognitives en 1990.

Il participe à la création en 1997 à Pittsburg, du centre de médecine complémentaire (médecine intégrative) où des méthodes non conventionnelles telles que l’exercice physique, la méditation, la lutte contre le stress, la nutrition contrôlée sont étudiées en complément de protocoles classiques et démontre qu’elles renforcent les thérapies classiques en augmentant le potentiel naturel d’autodéfense (ce qu’il préconise dans son deuxième ouvrage).

En 2002, il importe en France l’EMDR, Eye-mouvment Desensitization and Reprocessing , Désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires, une méthode mise au point par Francine Shapiro aux Etats-Unis dans les années 80, particulièrement recommandée pour le traitement de l’état de stress post traumatique. Il sera formateur de cette méthode et président de l’association française jusqu’en 2007.

Il publie plus de 90 articles scientifiques et trois ouvrages. Dans Guérir, édité en 2003, il expose ses différents travaux en médecine complémentaire appliqués à la psychiatrie. Dans Anti cancer, publié en 2007, il relate sa propre expérience face à un cancer du cerveau découvert fortuitement en 1990 et qui lui fera découvrir l’importance cruciale des liens émotionnels insistant sur des notions telles que « créer du lien », ‘partager en profondeur », « contribuer au bien être d’autrui », ‘donner un sens aux choses ».

Il mettra en pratique cette découverte avec ses patients et deviendra, dès lors, un médecin humaniste.

Dans son livre testament « On peut se dire au revoir plusieurs fois », David Servan Schreiber décrit son nouveau combat contre la maladie, une nouvelle récidive de son cancer au cerveau, qu’il nomme « The Big One »
« Cette rechute m’a amené à me poser les questions les plus graves, peut être les plus importantes de ma vie : si je suis rattrapé par la maladie alors que je pense, mange, bouge, respire et vis anticancer, alors que reste-t-il d’Anticancer ? C’est pour répondre à cette question que j’écris aujourd’hui. Ce livre est aussi l’occasion, pour moi, de dire au revoir à tous ceux qui ont apprécié mes livres précédents ou qui sont venus m’écouter. Quoi qu’il arrive, j’ai le ferme espoir que cet au revoir ne sera pas le dernier » écrit-il.

Il y expose la mise en place des différents traitements alliés aux méthodes qu’il préconise depuis plusieurs années et qu’il aborde en détail dans son précédent ouvrage : une alimentation attentive, une activité physique régulière, la pratique du yoga, de la relaxation, de la méditation et les visualisations.
Il évoque également la thérapie de la pleine conscience « mindfullness », une méthode mise au point par Jon Kabat-Zinn qui consiste à porter son attention, intentionnellement, au moment présent, sans juger, sur l’expérience qui se déploie moment après moment.

Il crée son blog : Guérir.org, tout en continuant à tenir une chronique régulière dans le magazine « Psychologie »

Traçant son bilan de médecin, il dit avoir été porteur de valeurs auxquelles il était très attaché et qu’il nomme l’empowerment, en l’occurrence, la capacité vitale pour chacun de se réapproprier son corps et son existence, de reprendre le pouvoir sur soi-même, d’optimiser ses défenses naturelles, et par là même, se protéger et lutter contre la maladie.
« La médecine complémentaire est une vision holistique de la santé, à l’échelle de l’organisme. Soigner c’est avant tout rétablir l’équilibre au sein du corps, la santé ne peut donc se concevoir qu’à l’échelle de l’organisme. »
Il cite Marschall Rosenberg, inventeur de la communication non violente : « la principale source du sens de la vie, c’est de contribuer au bien-être de ceux qui nous entourent ».
Il pousse plus en avant son raisonnement en parlant « d’écologie globale » : l’écologie de la nature et celle des relations humaines.

Il aborde enfin son bilan d’homme et évoque, avec pudeur, sa famille, ses trois enfants … Comme d’autres, il affirme que son cancer a bouleversé sa vision du monde. Il reconnaît ne s’être pas ménagé pour défendre les idées auxquelles il croyait, accumulant les déplacements à l’étranger pour promouvoir ses livres et ses méthodes.

L’autre force de ce livre réside dans quelques jolies phrases sur le rapport à la mort : « Quand on a renoncé à se battre contre la maladie, il reste encore un combat à mener, celui pour réussir sa mort : bien dire au revoir aux personnes à qui on a besoin de dire au revoir, pardonner aux personnes auxquelles il faut pardonner, obtenir le pardon des personnes dont on a besoin de se faire pardonner. »
Qu’aimerions-nous dire à nos proches pendant qu’il en est encore temps ? Quelles vertus aimerions-nous transmettre à nos enfants pour, le moment venu, « partir avec un sentiment de paix et de connexion » ?

David Servan Schreiber est décédé le 24 juillet 2011 à l’âge de 50 ans, deux mois après avoir écrit cet ouvrage testament.

Sylvie Blanchard

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