Madame D.

Elle s’est installée dans ma vie, tout doucement, de manière insidieuse, l’air de rien.
A peine le temps de m’en apercevoir qu’elle était déjà là, depuis au moins trois mois. (1)
Madame D. est toujours présente : parfois de façon plus insistante, sans que je comprenne pourquoi.
Elle m’est tellement familière que j’ai envie de l’appeler « Ma Dame », comme l’on pouvait évoquer, autrefois, sa dame de compagnie.
J’ai retracé son histoire, tenter d’identifier en notant, en réfléchissant : quand  ? Comment ? Dans quelles circonstances « Ma Dame » est entrée dans ma vie.

Comme moi, 1/3 des français ont « Leur Dame », parfois très différente, parfois très similaire. (2)
Comme pour tant d’autres, « Ma Dame » rythme ma vie.
Certains ont fini par me dire « C’est dans la tête », d’autres « Allez, une bonne sieste, un peu de repos et ça ira mieux ».
Je ne suis pas folle, et si je suis fatiguée c’est que « Ma Dame » m’épuise, encore faut-il pouvoir dormir, retrouver ce sommeil réparateur de l’enfant.

Des questionnements

Qu’est-ce qui fait que mes endorphines endogènes ne modulent pas « Ma Dame » ?
Qu’est-ce qui fait que les portes, sur l’autoroute des nerfs, ne se ferment pas pour ralentir ou bloquer
son message ?
Celui-ci arrivant alors directement au cerveau, qui renvoie ce message à mon corps : « C’est La Douleur qui est là, c’est la Douleur qui est là ! ».
Finalement, c’est aussi dans la tête.

Qu’est-ce qui fait qu’elle s’est installée au plus profond de moi ?
Au niveau de ma peau, de mes terminaisons nerveuses, de mes muscles, de mes viscères, envahissant ma vie, détruisant mon énergie, m’obligeant parfois à ralentir, voir stopper mon activité professionnelle. (3)
Pour quelles raisons me laisse-t-elle, parfois, un peu de répit ?
C’est, alors, presque de l’angoisse mêlée d’un indicible, inavouable espoir qui m’envahit « Se pourrait-il ? »
Pour quelles raisons lorsque je me sens plus détendue, avec moins de pensées parasites, est-elle encore plus présente ?
Tellement de questions, tellement de murs

Douleur et tellement plus

Cicely Saunders, la première, dans le cadre des soins palliatifs, à parlé de « Total Pain », que nous pouvons traduire par « Douleur Totale, et pour être plus juste « Souffrance totale ».
Ce concept correspond tout à fait à « Ma Dame ». Autrement dit la Douleur est présente à travers plusieurs aspect : social, spirituel, psychologique et physique.
– Aspect social : parce qu’elle impacte ma relation aux autres dans le cadre personnel et professionnel. Parce qu’elle tend à m’isoler.
– Aspect spirituel : Spirituel dans la quête de sens. Quel sens à donc « Ma Dame », quel sens lui donner ? Elle me fait réfléchir sur le sens de cette souffrance, le sens de la vie, de ma vie.
– Aspect physique : parce que je souffre dans ma chair, dans mon corps, qu’elle est bien réelle et peut entraîner anxiété, dépression.
– Aspect psychologique : aux sentiments, émotions que je peux éprouver. A la culpabilité, aux peurs, aux pertes engendrés par La Douleur, la souffrance de faire souffrir l’entourage…

Traitements

Pour toutes les personnes qui, comme moi, possèdent « Leur Dame », l’objectif ne sera la guérison totale, complète ; L’objectif sera ré adaptatif et plus si …
Ce sera la politique des petits pas où chacun d’eux me permettra de reprendre la main sur La Douleur et d’arriver , à nouveau, à décider de ma vie.
« La solution passe à la fois par le traitement médical et par une approche non pharmacologique : sophrologie, acupuncture, psychothérapie … » (4)

Alors en plus des traitements médicamenteux, j’ai fait attention à mon alimentation (réussir à identifier les aliments positifs et les autres).

Sophrologie et Douleur

La sophrologie m’a aidé à développer pour « Ma Dame », mes forces d’adaptation, ma capacité d’acceptation.
Comme un puits de ressources qui me sont propres et auxquelles je fais appel dès que j’en ressens le besoin ou l’envie.
Elle m’a également permis de gérer mes angoisses, cette dépression sous-jacente.
La sophrologie fait partie intégrante de ma vie et me permet de me recentrer, de me reconnecter à mes valeurs, mes ressources.
Elle m’a appris qu’il était compréhensible que, dans un premier temps, lorsque j’arrivais à me détendre, elle arrivait avec parfois plus de force, d’intensité comme si j’avais retenu un cheval trop longtemps et que le fait de relâcher les rênes, le faisait partir au galop.
Au fur et à mesure, des moments de « pause », de « lâcher prise » le cheval partait de moins en moins souvent au galop, de moins en moins longtemps, avec de moins en moins d’intensité et de force.
J’ai pris conscience de mon souffle, de mon corps, j’ai identifié des parties de mon corps non douloureuses.
J’ai pris conscience de qui j’étais, que je n’étais pas uniquement liée à vous, « Ma Dame », que ma vie n’était pas que « Douleurs ».
De plus en plus souvent, je réussis à la tenir à distance.
Un jour, je le sais, il n’y aura que MOI.
Un jour, je le sais, ma meilleure ennemie deviendra une amie, caractérielle certes, une amie malgré tout.

* Par Sylvie Blanchard, sophrologue, sophrothérapeute
Tous droits de reproduction soumis à autorisation de l’auteur
(1) Une douleur est considérée comme chronique lorsqu’elle est présente au-delà de 3 mois, malgré les traitements mis en place.
(2) 35 % de la population française selon une enquête CSA réalisée en 2014.
(3) 1/3 des patients qui consultent au sein du Département Evaluation et Traitement de la Douleur au CHU de Nice sont dans l’incapacité de travailler du fait de leurs douleurs.
(4) Docteur Michel Lanteri-Minet, chef du servie « Département Evaluation et Traitement de la Douleur » CHU de NIce.
Sources :
http://avenirmutuelle.mutualistes.com/douleurs-chroniques-971
http://www.inserm.fr/index.php/information-en-sante/dossiers-information/douleur

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